5 bonnes raisons d’explorer et partager son processus créatif

Explorer mon processus créatif me fascine encore plus que la création en elle-même. Et si vous aussi vous vous détachiez du résultat final et profitiez du chemin ?

Cécile Surgé

11/19/20258 min temps de lecture

On est tous déjà restés scotché devant la vidéo d’un artiste qui dessine ou peint en temps réel. Qu’est-ce qui va apparaître ? Comment fait-il pour créer quelque chose à partir de rien ? Peu à peu ça prend forme… ou pas ! En fait, ça ne marche pas tout le temps ! Lorsqu’on réalise quelque chose, le rendu n’est pas toujours au top. Mais alors, qu’est-ce qui compte le plus, le résultat final ou le processus ?

Transcription de l'audio de la vidéo :

Il est sûr que si l’on est dans une logique de productivité, que l’on veut combler un désir de reconnaissance, de légitimité ou de perfection, que l’on a envie de montrer de quoi on est capable, ou que l’on attend une satisfaction liée à la qualité du travail réalisé… c’est le résultat qui compte avant tout. Mais si on est dans une démarche d’exploration de sa créativité, d’apprentissage ou de plaisir, se focaliser sur le processus est intéressant. Tout est une question d’équilibre. Ne pas être obsédé par le résultat, mais il est aussi parfois intéressant de garder une belle trace de notre projet.

En tout cas, comme on a tendance à se focaliser sur le résultat final, aujourd’hui j’ai envie de mettre le processus créatif sur un piédestal et lui donner un peu sa chance à lui aussi. Voyons donc 5 bonnes raisons de privilégier le processus créatif et d’éventuellement le partager aux autres.

1 - Se libérer de la pression

Vous savez, quand on crée quelque chose, que ce soit un projet quelconque ou une œuvre plus artistique, ce que l’on partage, c’est généralement le résultat. C’est le fruit de nos efforts, le produit fini, la version aboutie du projet. Mais évidemment, ce résultat n’arrive pas tout de suite. Avant, on passe par plein d’étapes : hésitations, essais, échecs parfois, rectifications… Ce qu’on montre donc moins souvent, c’est notre processus créatif, et comment cela prend du temps.

Peut-être que vous n’avez pas encore créé parce que vous avez justement peur que le résultat final ne soit pas à la hauteur de vos espérances, que ce ne soit pas parfait, ou parce que vous ne savez tout simplement pas par où commencer. Vous êtes bloqués et vous vous dîtes que ce que vous faites c’est de la merde (ou vous vous imaginez que c’est le cas sans même avoir essayé). Arrêter de focaliser sur le résultat final, ça débloque pas mal. Ce qui est important à ce stade, ce n’est pas ce que je fais, c’est que je le fasse, et éventuellement d’observer comment je le fais.

On comprend mieux pourquoi penser au processus créatif plutôt qu’au résultat peut faire tomber la pression. Comment considérer le processus peut nous permettre de créer, de nous libérer un peu de la peur du regard des autres, de notre propre jugement aussi, de notre obsession pour la perfection, de la peur de ne pas se sentir capable ou légitime, etc. En gros, respirer ! Ne pas s’en demander trop à soi-même !

2 - Créer du contenu créatif authentique

Autre avantage du fait d’explorer ou partager son processus créatif, c’est d’atteindre une création plus authentique. Régulièrement j’écris, je dessine dans des carnets, je gribouille, mais ça n’a absolument pas vocation à être partagé. Et parfois quand je retombe dessus des mois plus tard, je me dis que ça peut être hyper intéressant ou que finalement, c’est bien fait ! Je trouve qu’il y a une part de vérité ou d’authenticité dans ce processus. Finalement, parfois, alors que j’ai l’impression que je ne pars de rien, je regarde ces carnets et je me dis que c’est un bon début ou même du super contenu créatif. C’est comme ça que j’ai commencé à partager quelques écrits, quelques dessins, certes imparfaits, mais vrais. Parce qu’encore une fois, sans objectif de productivité ou de perfectionnisme, quand on sait que personne ne regarde, on est soi-même à fond.

Austin Kleon, dans son livre Show your work, rappelle qu’on nous a inculqué l’idée que ce qui se passe en coulisse ou dans un atelier n’a pas d’intérêt pour le public, et n’a donc pas vocation à être partagé. Mais dans notre ère digitale, le créateur peut connecter avec son public n’importe quand lors de son processus créatif, et pas uniquement à la fin, lorsqu’il expose. C’est justement ce qui crée un lien fort avec son audience. L’artiste aime, sans doute par ego ou par peur, garder secret ses moments de vulnérabilités, mais le public lui, il aime pouvoir s’identifier.

Donc des ébauches, des pensées déstructurées, des parties de son processus créatif en fait, c’est déjà un point de départ de quelque chose qui peut valoir la peine d’être partagé.

3 - Rétablir la vérité sur le quotidien d’une personne créative

En parlant justement d’authenticité, dans l’acte de partager son processus créatif, on met l’accent sur autre chose que sur les paillettes et les artifices. Je trouve inspirant qu’un artiste ou un créateur nous dise que son quotidien n’est pas composé de 90% de temps sur scène, à kiffer, contempler son œuvre ou en être fier... Mais plutôt 90% de galères, d’hésitations, de hauts et de bas, de répétitions, d’ajustements, etc. Pour le dire de manière un peu triviale, sont aussi importants les moments que l’on vit au présent, le flow que l’on expérimente lorsqu’on est à fond en train de créer et qu’on ne voit plus le temps passer, les apprentissages qu’on fait, les moments passés à répéter avec son équipe, etc.

Le résultat final peut aussi avoir son importance dans certains cas, mais partager les coulisses, les galères et les joies contribue certainement à briser certains mythes qu’on a au sujet des créatif.ves et créateurices : Tout ne doit pas être parfait tout de suite. L’inspiration ne tombe pas nécessairement du ciel, les idées évoluent, le travail a son importance, les personnes qui créent des projets sont des êtres comme tout le monde, en proie à des peurs et des doutes…

En bref, le résultat n’est qu’une infime partie de la vie d’une personne créative. Il est temps de rétablir la vérité !

4 - Mieux se connaître

On a vu qu’explorer son processus créatif nous réconcilie avec notre authenticité, la réalité du quotidien, et de ce fait, avec nous-mêmes. Qui suis-je ? dans toutes mes contradictions ? derrière la peur, les croyances, la pression ? Clairement, cela fait peur de montrer une facette de soi qui est vulnérable. Mais si c’était si facile d’être soi-même, devant tout le monde, si on se posait pas toutes ces questions, je pense que soit tout le monde créerait, soit personne ne créerait ! Dans le fond, est-ce que ça vaut le coup de s’essayer de s’exprimer tel.le qu’on est ?

De mon côté, j’aime presque autant parler de mon processus créatif, le décortiquer et en faire quelque chose, que la création en elle-même. J’ai encore du mal à ce que le résultat final ne soit pas poli, ou qu’il soit totalement à mon image. J’aime ce qui se cache derrière un projet, en tirer des enseignements et transmettre tout cela.

Mettre des mots sur mon processus créatif me permet de clarifier, d’identifier les étapes par lesquelles je suis passée, les doutes, les pensées récurrentes que j’ai rencontrées, de prendre du recul sur tout cela. En fait, cela me permet de mieux me connaître. De voir comment je réagis, comment j’évolue. Quand j’ai l’impression que mon objectif est bien loin devant, je regarde un peu en arrière et je me rends compte de tout le chemin que j’ai parcouru. À cet instant, je suis fière et ça me motive à avancer.

5 - Inspirer les autres à son tour

Qui ne rêve pas ne serait-ce que d’avoir un minimum d’impact dans ce monde ? Typiquement, constater une évolution ou une transformation, ça inspire. A l’époque où j’avais encore Netflix, je tapais souvent dans la barre de recherche les mots clés “films inspirants” parce que je savais que si j’étais inspirée, je n’allais pas rester des heures devant mon ordinateur passivement : ça allait me donner envie de me bouger, tout simplement. Parce que s’inspirer, ça motive, ça met en action, ça provoque un déclic. “Et si moi aussi, je pouvais faire ça ?”

On a déjà dit auparavant que lorsqu’on partage son processus créatif, on se montre tel qu’on est, parfois dans sa vulnérabilité, et que cela favorise l’identification. À vrai dire, on s’identifie à ceux qui nous ressemblent. On est tous vulnérables, on est tous imparfaits, on a tous peur.

Ce n’est pas génial de se dire que l’on contribue à quelque chose (même humblement) ? Je ne partage pas mon processus créatif dans un délire égocentrique : même si j’aime créer, en parler et que j’y prends du plaisir, ce qui m’anime c’est de me dire que peut-être que tout ça, ça ne bénéficiera pas qu’à moi. On prend tous des chemins différents, mon expérience n'a jamais vocation à servir de modèle, mais si ça peut aider, pourquoi pas ! À vous donc de voir si vous souhaitez faire quelque chose de cette page vierge à votre tour.


Vous l’aurez bien compris, ce n’est pas une fois qu’on est transformé, ou qu’on est épanoui, qu’on devient légitime. Dès le début, même si on est incompétent, fragile, on vaut quelque chose. Ici et maintenant on a déjà de la valeur. Se focaliser sur le processus créatif nous montre cela : ce qui compte, dans la création, comme dans la vie, ce n’est pas l’objectif, c’est le chemin, le quotidien.

☚ Les coulisses de cette vidéo !

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