Créer (dans) le futur

Consciente du tournant environnemental que nous vivons et qui ne va faire que s’accentuer, j’ai envie de participer bénéfiquement à la transition écologique. Je ne peux m’empêcher de penser au futur de mon métier, de mes passions, de ma vie quotidienne. Quelle sera ma place à ce moment-là ? Comment créera-t-on ? Comment peut-on déjà créer le futur ensemble ?

Cécile Surgé

1/27/20264 min temps de lecture

Lorsqu’on parle du futur, j’ai l’impression qu’un gap se creuse de plus en plus, que la scission est immense entre ceux qui voient le futur comme technologique et ultra performant, et ceux qui ont pris conscience que nous allons être contraints à adopter des habitudes de vie plus sobres (du fait de l’appauvrissement des richesses agricoles et énergétiques).

Consciente du tournant environnemental que nous vivons et qui ne va faire que s’accentuer, j’ai envie de participer bénéfiquement à la transition écologique. Je ne peux m’empêcher de penser au futur de mon métier, de mes passions, de ma vie quotidienne. Quelle sera ma place à ce moment-là ? Comment créera-t-on ? Comment peut-on déjà créer le futur ensemble ?

Je pense qu’il est possible de rêver un futur de manière positive, même si le tableau dépeint semble bien sombre. Je sais aussi que je suis privilégiée et que j’ai les possibilités de penser et agir pour cette transition de vie personnelle. Mais je suis également convaincue que si nous imaginons notre futur sur terre comme étant forcément chaotique, nous n’allons jamais nous attarder dessus et bien le préparer. La transition écologique peut être sexy, aussi !

J’ai toujours adoré partir camper, monter ma petite tente dans la nature, vivre de peu de choses le temps des vacances, mettre mon téléphone en mode avion, revenir à cette “sobriété heureuse” (expression de Pierre Rabhi). Certes, c’était une sobriété choisie et celle qu’on vivra vers 2050 ne le sera pas. Mais le changement auquel nous serons contraints peut aussi être bénéfique, vers un mode de vie plus aligné, plus naturel, plus communautaire. Moins de solitude, plus de sens, plus d’épanouissement. Je sais que certains pays et certaines populations seront bien plus touchés que moi, mais je ne veux pas m’empêcher de croire en un avenir optimiste à certains égards. Je sais que sinon, je fermerais les yeux et le choc n’en serait que pire (de même, le déni collectif que nous vivons ne fera qu’empirer les choses une fois que nous serons mis devant le fait accompli).

« La confiance en l’avenir et la joie que nous éprouvons à être ensemble sont des armes dont nous ne pouvons pas nous passer, surtout si l’on veut tenir sur le long terme ! La résistance n’a pas à être sombre et austère, elle peut, parce qu’elle rassemble, être un espace de rires, d'enchantement et de réjouissance. Un endroit où l’on se sent vivant. »

Salomé Saqué, Résister, pp 107-108

Alors je me questionne. Que faire ? Sortir du système pour sauver ma peau ? On ne peut jamais en sortir totalement et je ne pense pas que ce soit l’option la plus honorable au niveau collectif. Être plus exigeante dans mes gestes individuels ? Je continue à remettre en cause certaines habitudes mais je sais aussi que ce n’est pas suffisant au stade où nous en sommes. En parler autour de moi pour qu’une majorité de personnes sorte du déni pour faire pression ? C’est ce que j’essaie de faire à mon échelle, en écrivant cet article notamment. Je veux me rapprocher davantage de personnes qui ont envie de créer ce nouvel imaginaire collectif. Alors j’ai eu envie d’initier un cercle de réflexions sur la manière dont on pourrait créer dans un futur respectueux de l’environnement.


C’est évident, travailler dans une grande salle de concert privée, ça fait de moi une personne qui participe au vieux système (pour moi, il est déjà caduc). Je ne cautionne plus tant cette manière de faire de la culture. J’ai été si fière, pourtant, de trouver ma place dans ce secteur sélectif et qui a du sens (consommer de la culture, c’est pas le pire quand même). Malgré tout, je me sens aujourd’hui désalignée au niveau de mes valeurs. Gouvernance, écologie, accès à la culture, financement… En fait, j’ai envie de me rapprocher d’initiatives qui font de la culture autrement. Et j’ai envie, moi, de créer et faire de la culture autrement.

C’est fou quand même qu’en tapant dans un moteur de recherche “secteur créatif et culturel en 2050” ou encore “créer et faire de l’art dans le futur”, on ne tombe que sur des références à l’IA. “L’art sera plus technologique”, “Les métiers créatifs pourraient être remplacés par des robots”... J’ai l’impression que beaucoup de monde est à côté de la plaque. Vraiment, vous croyez vraiment ça, vous ? Moi j’imagine plutôt qu’on devra créer, danser, faire de la musique autrement, sans/avec moins de technologies et en partageant nos espaces, nos livres, nos outils en communauté. Quand je vous disais que le gap se creuse…

Vous allez rire, mais désormais j’imprime mes articles de blog. On n’est pas à l’abri d’un bug ou autre incident politique ou écologique. (Ne vous moquez pas, je n’en suis pas encore à taper à la machine à écrire dactylo, mais ça viendra peut-être).

Bref, si vous vous sentez comme moi, parlez-en autour de vous. Montez des petits groupes, s’il le faut. Imaginez votre futur. Donnez de la valeur au collectif. J’ai l’impression que c’est par là qu’il faut commencer. Plus on anticipe, moins on va subir.

Petites pistes de réflexions individuelles :

  • Quelles compétences serait-il utile de développer pour l’avenir ?

  • Quelles habitudes peut-on déjà amorcer dans nos modes de vie ?

  • Quels espaces est-ce que j’imagine ? Avec qui ?

  • Quel serait mon rôle dans une société plus idéale (et réduite et collective, peut-être) ?

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Je me suis lancée et j'ai créé de petits événements pour initier des réflexions sur le sujet dans ma ville.

Je vous raconterai !

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