Refaire le monde
Je ne me suis jamais vraiment engagée politiquement. Ça ne m'a jamais trop intéressé la politique, à vrai dire. Alors pourquoi, ces derniers temps, est-ce que je commence à ressentir comme une force qui me pousse à vouloir agir et refaire le monde ? Comment répondre à cette sorte d’appel et d’intuition ?
Cécile Surgé
1/5/20264 min temps de lecture
Dernièrement, mon désir croissant de me sentir utile et d'avoir un impact dans la société va de pair avec un sentiment nouveau : celui de vouloir faire bouger les choses et m’engager.
Je ne vais pas faire un tableau de la situation politique actuelle, on la connaît et on sait qu’elle est plutôt déplorable. Mais ce n’est pas la première fois que cela arrive que l’on parle de montée des extrêmes, du racisme, du masculinisme, de l’urgence climatique, etc. Alors pourquoi est-ce que je ne commence à me sentir concernée que maintenant ? L’âge ? La maturité ? L’urgence ? La force collective qui s’élève ? Des modèles de résistance ? La fin d’une introspection poussée ? Le sentiment d’injustice qui grandit ? Je pense que je suis sortie du déni, comme beaucoup.
Comme je me suis souvent sentie en décalage, j’ai eu tendance à me mettre dans ma bulle, à ne pas exprimer mon opinion pour ne pas froisser, à fermer les yeux pour me protéger. Je le fais encore, dans une certaine mesure, mais quelque chose a changé : j’ai envie d’oser. Et ce qui m’aide beaucoup, c’est de voir que je ne suis pas seule à me sentir à contre-courant. Peut-être penses-tu toi aussi la même chose que moi.
Je me suis longtemps reprochée à moi-même d'être autocentrée. Mais ces moments recroquevillée sur moi-même étaient indispensables afin d'affirmer haut et fort qui je suis, défendre mes valeurs et me sentir aujourd'hui forte et invincible. C'est en sortant (un peu) du système que je suis parvenue à cela : prendre du temps, penser à moi, créer mon espace pour lire, écrire, créer, trouver ma place et imaginer un futur différent.
Je suis donc sortie du déni en lisant, en m’informant, en réfléchissant et en conversant, je crois. Et en ouvrant les yeux, j’ai compris que je ne pouvais plus ignorer les choses. Il y a celles et ceux qui pensent que c’est foutu. Et il y a celles et ceux qui refusent de s’avouer vaincu·e·s. J’avoue, j’ai toujours été optimiste et persévérante. “C’est un truc de jeune idéaliste ça !”, diraient certains. Moi je pense que c’est plutôt un truc de personnes réalistes : faut regarder les choses telles qu’elles sont, et c’est pas jojo.
Le hic, c’est que malgré tout, lorsqu’on se laisse impacter par l’injustice et l'actualité terrifiante, ça bouffe moral et énergie. Comment conserver mon petit havre de paix ? Qu'est-ce qui me permet de garder une humeur optimiste et combattante, sans me sentir anéantie au point de vouloir me couper de tout ? C’est sans doute encore une question d’équilibre à trouver dans mon engagement. Parvenir à se recharger avec des personnes inspirantes, peut-être ? (une piste : allier humour et combat politique, c'est ce que fait notamment Swann Périssé pour dédramatiser et faire rire tout en informant). Sentir que j'appartiens à une vaste communauté de personnes qui pensent comme moi et se mettent en action ? (re-regarder le superbe film documentaire "Demain" de Cyril Dion et Mélanie Laurent)...
Et concrètement, comment on fait pour agir à notre tour face à un monde qui se disloque de partout ?
Quelques pistes que j’ai retenues de mes lectures et expériences :
S’informer de la manière la plus objective possible (sur la situation politique, sur la situation des femmes, sur la situation écologique…). Ça passe par lire, bien choisir les médias qu’on consulte, travailler son esprit critique… Faire ça, c’est déjà résister et refuser de se faire dominer (car pour dominer, on affaiblit et on appauvrit intellectuellement).
→ Des idées : ce post insta qui recense les livres, newsletters, médias ; Résister de Salomé Saqué (vs fascisme), Futur·es de Lauren Bastide (éco-féminisme), La sobriété heureuse de Pierre Rabhi (mode de vie écologique)…
Voir au-delà des schémas préconçus : en remettant tout en question, on refuse d’être enfermé·e dans des carcans (dans notre vie amoureuse, sociale, créative, financière…)
→ Par exemple, je me suis rendue compte que je résistais déjà un peu à ma manière en ne sacrifiant pas tout pour le travail : vivre avec l'idée que ma valeur ne dépend pas de ce que je produis ou fais ; vivre à contre-courant des horaires et des jours de la semaine en respectant dans la mesure du possible mon propre rythme…
→ Discuter de modes de vie alternatifs avec son entourage, penser à la transition qu’on pourrait prendre pour le futur… Envisager des projets ensemble.
Soutenir : comme ce n’est pas toujours évident de savoir comment agir, on peut toujours aider celles et ceux qui se dédient corps et âme à défendre nos droits (associations, ONG, créateurs, journalistes…)
→ Participer à des crowdfundings pour des projets qui nous parlent (exemple : le futur film de Cyril Dion et Paloma Moritz “Démocratie maintenant” https://fr.ulule.com/democratie-maintenant)
→ Soutenir des médias indépendants (ça peut être directement le média ou via la nouvelle initiative Coop-médias https://www.coop-medias.org)
→ Faire un don pour des asso et ONG qui sont en danger (le Planning Familial, par exemple)
Partager : Parce qu’on ne refera pas le monde de demain tout·e seul·e !!
Est-ce suffisant ? Je ne le sais pas. Mais c’est comme tout, c’est toujours mieux que rien. Il faut bien essayer pour réussir.
"Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale d'être bien adapté à une société malade.”
Jiddu Krishnamurti
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